Qu'est-ce qu'une mare ? 

D’après le Programme national de recherche sur les zones humides (Sajaloli B. et Dutilleul C., 2001), "la mare est une étendue d'eau à renouvellement généralement limité, de taille variable pouvant atteindre un maximum de 5 000 m2.

Sa faible profondeur, qui peut atteindre environ deux mètres, permet à toutes les couches d'eau d'être sous l'action du rayonnement solaire et aux plantes de s'enraciner sur tout le fond.

De formation naturelle ou anthropique, elle se trouve dans des dépressions imperméables, en contextes rural, périurbain voire urbain. Alimentée par les eaux pluviales et parfois phréatiques, elle peut être associée à un système de fossés qui y pénètrent et en ressortent ; elle exerce alors un rôle tampon au ruissellement.

Elle peut être sensible aux variations météorologiques et climatiques, et ainsi être temporaire.

La mare constitue un écosystème au fonctionnement complexe, ouvert sur les écosystèmes voisins, qui présente à la fois une forte variabilité biologique et hydrologique interannuelle.

Elle possède un fort potentiel biologique et une forte productivité potentielle".

Sajaloli B. et Dutilleul C. (2001).

Les mares, des potentialités environnementales à revaloriser - PNRZH. Ministère de l'Aménagement du Territoire et de l'Environnement. Agences de l'eau. BRGM. 142 p.

Mare ou étang ?

Faire la distinction entre une mare et un étang peut parfois s’avérer difficile. Etendues d’eau stagnantes, très souvent d’origine anthropique, mare et étang sont caractérisés par l’absence de zone aphotique*, du fait d’une faible profondeur d’eau, permettant un développement potentiel de la végétation sur tout le fond. 
La superficie n’est pas un réel critère de distinction entre une mare et un étang, bien qu’en général ce dernier soit de plus grande superficie : alors qu’une mare peut se limiter à quelques mètres carrés, l’étang est rarement inférieur à 1000 m2.

Dans la plupart des cas, la vocation première de l’étang est piscicole.

Il se différencie de la mare par son caractère vidangeable et par son mode d’alimentation en eau : généralement par un cours d’eau, directement ou par dérivation. 

*Une zone aphotique est une zone où la lumière ne pénètre plus.

 

Le rôle des mares 

Principales composantes des zones humides continentales par leur nombre, les mares présentent un très vif intérêt environnemental en raison de leur richesse biologique et de la multitude des fonctions biophysiques et sociales qu’elles remplissent. 

Les mares assurent de nombreux services écologiques indispensables à l’homme.

Mais, de par leur petite taille et leur apparente trivialité, ces micro-zones humides sont souvent envisagées comme habitats de moindre « valeur » et bénéficient au final de peu de protection législative et politique.

Nous vous proposons dans cette rubrique un aperçu général de la place des mares dans notre environnement, nos économies et nos sociétés…

La valeur écologique des mares

La contribution des mares à la biodiversité du territoire peut être qualifiée de remarquable.

En milieu forestier, et plus encore au sein des territoires voués à l’agriculture intensive, les mares renferment sur un pourcentage insignifiant de l’espace, une grande proportion d’espèces végétales ou animales protégées.

Ces espèces ne sont d’ailleurs pas liées à la partie aquatique elle-même, mais également associées aux biotopes environnants, formant ainsi de véritables îlots, ou foyers (hotspots) de biodiversité.

Une étude récente menée en Grande-Bretagne a montré que les mares et les étangs, comparés à d’autres habitats aquatiques (lacs, rivières, fossés, ruisseaux, etc.), contribuaient le plus à la biodiversité régionale pour les macro-invertébrés et les plantes.

D’ailleurs, la Directive Habitat reconnait le rôle de ces micro-zones dans la connectivité entre les habitats d’eau douce en tant que « relais » ou « stepping stone » qui favorisent la dispersion et la migration des espèces. 

La valeur écologique des mares isolées est aussi importante que les réseaux des mares.

Ainsi, les mares isolées servent de refuge pour de nombreuses espèces, et particulièrement en contexte urbain ou d’agriculture intensive.

Cet isolement peut également favoriser la protection des communautés aquatiques contre les maladies ou la propagation des espèces invasives. 

De par leurs diversités et leurs spécificités, les mares abritent tout une faune et une flore particulièrement riches.

Elles offrent donc refuge, lieu de reproduction, d’alimentation et bien entendu un lieu de vie à de nombreuses espèces (par exemple pour les batraciens dont certains sont très menacés et dont la plupart sont protégés à l’échelle nationale).

Ces micro-zones humides abritent d’ailleurs près de 15 % des espèces protégées.

L’existence des réseaux de mares est cruciale pour le maintien des métapopulations de certaines espèces.

Ces réseaux sont également nécessaires à de nombreux mammifères et oiseaux en tant qu’élément particulier de l’ensemble des habitats que ces espèces ont l’habitude d’utiliser. Ils participent donc au maintien des continuités écologiques indispensables à la faune et à la flore.

La valeur économique des mares

La valeur économique des mares s’est modifiée au cours de l’Histoire.

Pendant longtemps, elles sont restées à l’écart de l’intérêt porté aux ressources en eau.

Avec l’adduction d’eau à la campagne et aux exploitations agricoles, mais aussi par mesures d’hygiène, les mares ont perdu progressivement leurs fonctions d’origine, et leur rôle dans l’économie rurale a diminué considérablement.

Cependant, depuis une quinzaine d’années on assiste à un processus inverse.

On s’aperçoit que l’eau devient une denrée précieuse et coûteuse ; le monde rural redécouvre les avantages des retenues d’eau de proximité ; on constate que les mares remplissent une multitude de fonctions aussi bien biologiques que sociales ; apparaît une demande croissante de restauration ou même de création de mares où la diversité saura rapidement s’épanouir.

L’importance économique des mares est très grande, comme l’illustrent les services écologiques qu’elles fournissent :

  • Le rôle régulateur des eaux : dans la lutte contre l’érosion des sols, des inondations, des crues.

  • Le rôle épurateur des eaux aussi bien à l’échelle d’une petite parcelle agricole qu’à celle des têtes des bassins versants.

  • Situées à proximité des habitations, des exploitations agricoles ou d’axes routiers les mares accomplissent les fonctions d’abreuvoirs, d’ornements, de réservoirs d’eau contre les incendies, de bassins de retenue, etc.

 

Quel que soit leur emplacement, en zone urbaine ou rurale, les mares servent de point d’attache de nos sociétés « industrialisées » à la nature.

Faciles à créer et à entretenir, elles peuvent devenir de magnifiques supports pour l’enseignement et la recherche (mares pédagogiques) : les connaissances sur ces milieux et ses habitants peuvent être transmises de façon ludique et probante.

Les mares sont des écosystèmes sur lesquels peuvent être expérimentées des théories scientifiques dans des domaines tels que la biologie de conservation, l’écologie ou la modélisation du changement climatique.

Dans un tout autre registre, socioculturel, les mares apparaissent comme un fil qui nous lie à notre histoire, nous révélant le mode de vie de nos ancêtres, leurs besoins et les différents usages dont les mares ont fait l’objet dans le passé.

C’est notre patrimoine historique et culturel que nous devons protéger et conserver pour nos générations futures …

Les services écologiques des mares

Qu’est-ce qu’un service écologique ?

Les services écologiques sont des processus naturels, donc exempts de l’intervention humaine, utile et très souvent nécessaire à nos sociétés.

La production de l’oxygène de l’air et la capture de carbone, l’épuration naturelle des eaux, l’activité des pollinisateurs des cultures, le recyclage de nutriments, mais aussi la beauté des paysages… voici quelques exemples de services écologiques que la nature nous offre.

Quant aux mares…

Leur rôle écologique tient à l’exceptionnelle productivité primaire propre aux écosystèmes aquatiques et aux possibilités environnementales qu’ils offrent. 

  • Les mares accomplissent des fonctions régulatrices de l’eau : écrêtage des crues, stockage de l’eau, pondération du régime des eaux courantes, rétention et transformation des sédiments, lutte contre l’érosion … Placées de manière stratégique, les mares (et les étangs) font maintenant partie intégrante des projets de régulation des inondations (ex. le captage de la Meuse) ou de réhabilitation de fleuves (le Rhin inférieur).

  • Les mares, et leurs réseaux, jouent un rôle épurateur en éliminant les polluants diffus des eaux de surface : le phosphore, l’azote, les métaux lourds. Certaines plantes sont capables de capter et dégrader les matières polluantes. Situées souvent en tête des bassins versants les mares forment des systèmes très efficaces d’épuration naturelle des eaux.

  • Les mares, prises en compte globalement, présentent une source non négligeable en eau douce. Cet aspect prend une importance particulière dans le contexte actuel du changement climatique. Une étude (Downing J.A. 2010) montre que l’ensemble des mares liées aux exploitations agricoles peuvent fixer autant de carbone que les océans du fait de leur grand nombre et de leur productivité élevée.

 

Au regard du peu d’investissements qu’elles demandent et des multiples bénéfices qu’elles apportent, les mares représentent une grande opportunité pour les gestionnaires des espaces naturels.

 

La biodiversité des mares: 

Les mares, quelle que soit leur nature - agricole, forestière ou péri-urbaine – constituent un élément paysager caractéristique de notre territoire.

Sur le plan écologique, l’écosystème-mare présente un intérêt incontestable du fait de sa mobilité fonctionnelle et de sa biodiversité.

En milieu forestier, et plus encore au sein des terroirs voués à l’agriculture intensive, les mares renferment, sur un pourcentage insignifiant de l’espace, une grande proportion d’espèces animales ou végétales protégées : elles sont des sites de reproduction privilégiés pour les batraciens dont certains sont très menacés en France, elles fixent d’importantes populations d’odonates et jouent un rôle considérable dans les cycles vitaux des grands mammifères. En définitive, les mares constituent partout des îlots de biodiversité.

Pourtant, il est parfois difficile de s’en rendre compte d’emblée, car si la biodiversité d’une collection de mares sur espace restreint (commune, canton) est élevée, la biodiversité élémentaire de chaque mare reste assez faible.

De plus, les mares s’inscrivent dans des milieux très différents dont elles intègrent les caractéristiques floristiques et faunistiques.

Pour maintenir la biodiversité et les fonctions écologiques de ces micro-zones humides il est nécessaire de protéger et entretenir les ensembles (semis) de mares et non quelques éléments isolés.

Cela souligne l’importance de l’inventaire qui permet d’avoir une approche globale sur le fonctionnement et le rôle de ces écosystèmes.

Menaces et protection 

Constituant autrefois une source d’eau indispensable, les mares témoignent de l’adaptation de l’homme à son environnement et des rapports familiers qu’il a instaurés avec l’eau. Certaines d’entre elles ont réussi à traverser les siècles grâce aux « soins » qu’on leur a octroyés, d’autres, et combien plus nombreuses, ont disparu à jamais, sacrifiées sur l’autel de la modernité. La fonction des mares a été perdue de vue, la plupart d’entre elles ont été abandonnées, comblées, remblayées.

Pendant longtemps les mares sont restées à l’écart de l’intérêt porté aux lieux d’eau.

Depuis une quinzaine d’années s’amorce un processus inverse. On s’aperçoit que l’eau devient une denrée précieuse et coûteuse ; le monde rural redécouvre les avantages des retenues d’eau de proximité ; on constate que les mares remplissent une multitude de fonctions aussi bien biologiques que sociales ; apparaît une demande croissante de restauration ou même de création de mares où la diversité saura rapidement s’épanouir.

Enfin, les notions de « biodiversité », de « conservation » et de « protection » de nos ressources naturelles, entrent peu à peu dans nos mœurs, dans notre façon de penser et d’agir…

Au début des années 90, les pouvoirs publics, constatant la régression généralisée des zones humides, ont engagé diverses actions (loi sur l’eau, SDAGE, SAGE, Natura 2000). Les mares sont concernées mais de façon indirecte. Cela incite le monde scientifique à s’y intéresser de près : des suivis, des études comparatives, des inventaires voient le jour.

Enrichir les connaissances sur les mares, comprendre leur fonctionnement en tant qu’« infrastructure naturelle », s’imprégner des valeurs patrimoniales et historiques qu’elles portent, telles sont les priorités d’aujourd’hui qui mèneront vers une politique de conservation et des mesures de protection concrètes et durables.

Pourquoi les mares disparaissent-elles ?

En France, comme dans la plupart des pays européens, deux phénomènes caractérisent les mares et les étangs : la diminution de leur nombre qui s’est accélérée à partir des années 50, et la dégradation de leur qualité, en tant qu’écosystèmes aquatiques.

Deux principaux facteurs sont à l’origine de ce constat :

  • Les changements de pratiques agricoles

La perte des usages traditionnels des mares, suite aux mutations agricoles et aux transformations paysagères de nos campagnes (remembrement, disparition de l’élevage familial, drainage des parcelles, etc.), est responsable de la disparition d’un grand nombre de mares. Ces dernières sont donc abadonnées puisqu’elles n’ont plus d’utilité et disparaissent suite à un long comblement naturel quand ce n’est pas leur remblaiement immédiat.

La pollution par les eaux du bassin versant - principalement par un ruissellement des terres agricoles apportant des sédiments, des nutriments et des pesticides - dégrade les mares. L’apport des engrais conduit à l’eutrophisation de l’eau (enrichissement en nutriments) qui se suit d’une homogénéisation et d’une banalisation de ces milieux sur le plan floristique et faunistique. Certaines mares servent tout simplement de lieu de vidange ou de décharge.

  • L’urbanisation et l’artificialisation des milieux naturels

L’urbanisation grandissante est synonyme de disparition, de pollution mais aussi de fragmentation. En effet, on assiste à une perte de la connectivité entre les mares nécessaire au maintien des populations de certaines espèces comme par exemple les amphibiens qui ont un pouvoir de dispersion très limité.

L’artificialisation des mares à usage récréatifs caractérisée par une gestion trop intensive mène aussi à une banalisation de ces milieux. Processus parfois accéléré suite à l’introduction d’espèces exotiques envahissantes telles que la jussie, le rat musqué, l’élodée, préjudiciables à nos espèces locales.

Source: SNPN

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